Chili : Le tremblement de terre révèle les inégalités sociales

Billet publié par Felipe Cordero · Traduit par Anne Lozac'h · Voir le billet en anglais

Le tremblement de terre du 27 février dernier au Chili [en français] a laissé  2 millions de personnes sans abri, a fait officiellement 497 morts [en espagnol] et a causé 30 milliards de dollars US de dégâts matériels [en anglais]. Dans l'anarchie qui a suivi le tremblement de terre, les Chiliens se sont cependant posés une nouvelle question : la société au Chili est-elle juste ?

Après le séisme, la majorité des Chiliens se sont entraidés, ont soutenu leurs voisins dans le besoin, ont partagé les surplus de nourriture et contribué très généreusement au Téléthon organisé pour les rescapés [en anglais]. Néanmoins, une petite minorité a pillé des biens de consommation, cambriolé des logements et volontairement mis le feu à des grands magasins [en français] bien que le gouvernement chilien ait autorisé la population à se servir de denrées alimentaires de base comme le lait, la nourriture pour bébés, le pain et la farine.

Photo of empty supermarket in Concepción by heedmane and used under a Creative Commons license.

Photo de heedmane d'un supermarché vide à Concepción, sous licence Créative Commons

Les chaines de télévision chiliennes ont couvert ces informations de façon relativement exacte [en espagnol comme tous les liens suivant, sauf mention contraire] et les Chiliens ont pu voir des images des pilleurs emportant des écrans plasma, des frigidaires et des lecteurs de DVD. Ces images d'actes de délinquances et de pillages, particulièrement de pillages de denrées non essentielles, sont à l'origine d'un débat national sur les inégalités sociales et économiques au Chili.

Dans un article intitulé “De quel bois sommes-nous faits ?“, Ricardo Carbone, blogueur, professeur, et directeur du Centre pour la pensée sociale et l'action à l'université Alberto Hurtado, soutient que le séisme a dévoilé de graves problèmes sociaux et fait tomber les façades et les apparences de la société chilienne. Dans l'extrait suivant, Ricardo Carbone fait référence à ceux qui ont pillé des denrées non essentielles et aggravé une situation déjà difficile :

…al igual que en los edificios que cayeron, la fachada era de ciudadanos bien formados y conectados con el mundo y el consumo, pero el interior no estaba soportado por valores sólidos ni principios fuertes. Rápidamente y ante la primera dificultad corrieron a tomar lo que pudieron.

…comme les bâtiments qui se sont écroulés, la façade [des Chiliens] était celle de citoyens cultivés, connectés avec le reste du monde et sa consommation à outrance mais qu'à l'intérieur, ils restaient attachés à des valeurs solides et des principes forts. Rapidement, dès que les problèmes ont commencé, ils se sont empressés de prendre ce qu'ils pouvaient.

Le blogueur encourage les Chiliens à non seulement reconstruire les infrastructures, mais également à renforcer leur valeurs qui permettraient de construire une société meilleure, moins inégalitaire.
Il demande également aux lecteurs :

¿podemos esperar algo distinto en un sistema que genera segmentación y exclusión social?, ¿es el producto de una sociedad que obliga a competir y arreglárselas solo?

Pouvons-nous espérer quelque chose de différent dans un système qui génère la ségrégation et l'exclusion sociale ? Est-ce le produit d'une société qui impose la compétition et vous oblige à vous débrouiller tout seul ?

La plupart des lecteurs de ce blog soutiennent l'idée selon laquelle le Chili doit se concentrer sur l'éducation et l'apprentissage des valeurs, comme par exemple Alejandra Muñoz :

Se nos rompio la burbuja y duele ver la verdad. Ahora hay que entenderla, asumirla y trabajar por recontruir nuestros edificios y nuestra sociedad. Se puede perdonar, pero no podemos olvidar lo que ha pasado, ya que habra una proxima vez y no nos puede pillar sin aprender de lo errores.

Notre bulle a explosé et la vérité blesse. Maintenant, nous devons le comprendre, l'accepter et travailler pour la reconstruction de nos bâtiments et de notre société. Nous pouvons pardonner, mais nous ne pouvons pas oublier ce qui s'est passé, car il y aura une prochaine fois et nous ne pouvons pas nous faire attraper sans apprendre de nos erreurs.

De nombreux Chiliens reconnaissent que le système d'enseignement public n'a pas réussi à offrir des chances égales à tous les Chiliens, mais les pillages ne s'expliquent pas uniquement par un manque de “valeurs fortes” pour eux.

Coyuntura Política, un blog chilien, a publié l'article Le séisme et les fractures du Chili de José Aylwin, co-directeur de Observario Ciudadano, une association de défense des droits de l'Homme à but non lucratif, qui se trouve dans la région d'Araucanía.  Au sujet des pillage, José Aylwin écrit :

Tales saqueos, al menos en algunos casos, encuentran su explicación en la percepción de injusticia que existe en sectores de la población que, en momentos de emergencia como este, consideran válido vaciar los estantes de las grandes tiendas y supermercados que, con el aval del estado, han acumulado riquezas a sus expensas, mientras ellos permanecen empobrecidos.

Ces pillages, du moins certains, trouvent leur explication dans le sentiment d'injustice qui existe dans certaines couches de la population pour lesquels, dans un cas d'urgence comme celui-ci, il serait légitime de vider les étalages des grands magasins et des supermarchés qui ont fait fortune  à leur dépends avec le soutien de l'État, alors qu'ils sont toujours pauvres.

Dans l'article Dégâts collatéraux, Patricio Navia, blogueur et professeur, explique que lors de catastrophes naturelles similaires dans d'autre pays, des troubles avaient également eu lieu. Selon lui, le gouvernement est responsable :

De haber actuado en consecuencia con el discurso de la normalidad democrática y asumiendo como realidad las repetidas arengas sobre el buen funcionamiento de nuestras instituciones, Michelle Bachelet hubiera tomado las medidas necesarias- incluido el envío de tropas a las zonas afectadas- para asegurar la paz y el orden … mucho antes de que las imágenes de saqueos y pillajes se hayan convertido en parte dolorosa -y evitable- de esta tragedia que enluta al país en su bicentenario.

Si Michelle Bachelet avait agi conformément à la rhétorique de la normalité démocratique, et pris au sérieux les nombreux discours passionnés sur le bon fonctionnement de nos institutions, elle aurait pris les mesures nécessaires, y compris le déploiement des troupes, afin d'assurer la paix et le calme… bien avant que les images de pillages et de vols deviennent un épisode douloureux et évitable de cette tragédie qui a terni l'image de notre pays à l'occasion de la célébration de son bicentenaire.
Video de l'utilisateur de YouTube IORITER1 filmée à  Concepción:

Sur le blog Humanisme et Connectivité, Andrés Schuschny a publié un article intitulé Séisme. Il parle ainsi des pillages :

Es terrible como una catástrofe natural desenmascara el rostro de la desigualdad de un país cuyos dirigentes no quieren asumirla. Porque, por ejemplo, si el 10% de los ingresos del cobre se hubieran, hace años, destinado a la educación pública y los servicios sociales (deudas siempre pendientes en la región) y no a incrementar los presupuestos militares, las compras de armamento sofisticado y el pasaporte a vidas de lujo por parte de los militares de alto rango, tal vez otra sería la historia y los “comunicadores” del sistema no estarían ahora refiriéndose “al LUMPEN” como una caterba de extraterrestres desbocados que afloran sin razón.

C'est terrible comme une catastrophe naturelle peut dévoiler le visage de l'inégalité dans un pays où le gouvernement refuse de l'accepter. Car, par exemple, si 10 % des revenus provenant de l'exploitation du cuivre avaient été investis depuis longtemps, dans l'enseignement public et les services sociaux (la région est toujours endettée) et non pour augmenter les budgets de l'armée, acheter des armes sophistiquées et un passeport pour une vie de luxe pour les membres hauts placés de la milice, peut-être que les “communicateurs” de notre système ne feraient pas référence au lumpen prolétariat (classe sociale la plus basse) comme à une horde d'aliens incontrôlables qui ont fait surface sans raisons apparentes.

Le Chili, grâce à une économie prospère et en croissante au cours des dernières décennies, est considéré comme un pays avec un “important développement humain” par le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD). Néanmoins, les inégalités de la redistribution des revenus du pays font ombre à cette croissance économique. D'après les données du rapport sur le développement humain 2009 du PNUD (format pdf) [en anglais], le Chili est classé 124ème sur 147 pays  dont on connait le coefficient de Gini [en français] (mesure utilisée pour calculer le degré d'inégalité de la distribution des revenus), alors qu'il est classé 44ème en termes de développement humain.

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Arabie saoudite : Des femmes saoudiennes, des maris étrangers

Billet publié par Amira Al Hussaini · Traduit par Savannah Goyette · Voir le billet en anglais

“L'Arabie saoudite ne facilite pas le mariage d'un homme saoudien avec une femme étrangère. Il est encore plus difficile pour une femme saoudienne de se marier avec un homme étranger,” écrit [en anglais] John Burgess sur le blog Crossroads Arabia.

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Megan Fox n’aurait couché qu’avec 2 hommes

Contrairement à son physique de mangeuse d’hommes, Megan Fox vient de révéler au magazine britanique Harpers Bazar n’avoir dans sa vie eu de relation sexuelle qu’avec 2 hommes : son premier boyfriend (veinard), et son ex Brian Austin Green..Megan Fox a également indiqué que l’idée d’une aventure d’une nuit la rendait malade. De quoi mettre fin à beaucoup de fantasmes .. 
Source Da People

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Egypte : Hommage à Djamila Bouhired

Billet publié par Marwa Rakha · Traduit par Abdoulaye Bah · Voir le billet en anglais

La militante et révolutionnaire algérienne Djamila Bouhired, âgée de 75 ans, est malade et sollicite son pays et ses compatriotes pour qu'ils financent ses frais médicaux. L'information a rendu furieux de nombreux blogueurs égyptiens qui la considèrent comme une icône et une héroïne arabe.

Ecrivant [en anglais] sur le blog Egyptian Chronicles, Zeinobia croit que nous, Arabes sommes bons dans la destruction de nos héros nationaux:

Djamila Bouhired a écrit une lettre ouverte au Président et au peuple algériens pour leur demander de l'aider dans sa maladie. La militante nationaliste arabe des années 1960 qui fut un symbole pour la lutte pour l'indépendance dans tout le monde arabe quémande de l'aide au gouvernement algérien !!! La dame demande que le gouvernement l'aide plus particulièrement en tant que symbole de la dignité et de la fierté nationales qui a refusé des aides provenant du Golfe :(

La situation de Djamila a rappelé à Zeinobia les vétérans de l'armée égyptienne:

Elle a des frères en Egypte, les vétérans de la résistance égyptienne de 1973 à Suez, dont les pensions sont une honte, les forçant à travailler comme chauffeurs de minibus à Suez. Ces vétérans se sont battus contre Sharon pendant des semaines pour défendre notre dignité !! En fait, elle a des frères et des soeurs dans tout le monde arabe, ceux qui n'ont pas réfléchi longtemps lorsqu'ils ont sacrifié leur vie pour la nation, mais la nation, elle, pense trop longtemps pour leur rendre ce qu'elle leur doit.

Au lieu de guerres de football, Zeinobia souhaite que:

si nos relations avaient été meilleures, il aurait été souhaitable que nous envoyions à Djamila nos tout meilleurs médecins ou nous l'aurions invitée au Caire, encore, comme elle y a toujours été la bienvenue.

Nawara Negm a publié deux vidéos sur son blog; la première est un message de Kommondoss Team d'Algérie lui souhaitant la bienvenue et proposant de lui payer les frais médicaux. La seconde provient d'un Algérien qui explique au monde entier qui est Djamila Bouhired et comment le monde arabe l'a abandonnée !

Nawara commente en disant:

اسفخص على دنيا كلها لما جميلة بو حريد تحتاج يوم تستلف عشان تاكل … مافيش حد فينا احسن لما ست الناس تعيش مش لاقية تاكل … هي جميلة دي جزائرية يا ناس؟ جميلة اللي كسفت رجالة العالم (ايام ما العالم كان فيه رجالة) تخص الجزائر بس؟ ما تخصش كل انسان عربي؟ هو لو النيل نشف تبقى مشكلة مصر والسودان بس؟ هو فيه اغنى من العرب؟ الله، بتروح فين الفلوس يا عم الامور انت وهو؟ بتتصرف على هيفا واخواتها اللي نافخين كل حتة فيهم عند بتاع الكاوتش لما شوية وح نلاقيهم طايرين في الهوا … يعني ايه؟ يعني ايه جميلة تضطر تستلف وللا حتى تضطر تطلب زيادة معاش؟ يعني ايه انا مش فاهمة يعني
C'est honteux qu'une icône comme Djamila Bouhired ait à mendier pour vivre ! Nous sommes tous responsables du fait que cette grande femme puisse à peine survivre ! Peuples ! Djamila n'est pas une Algérienne quelconque ! C'est une femme qui a ridiculisé tous les hommes en une période où ce monde était plein de véritables hommes! N'est-elle qu'une affaire algérienne ? N'est-elle pas une icône arabe dont nous sommes tous fiers ? Où sont les Arabes et leur argent? N'est-elle pas plus digne de leurs dollars que les chanteurs et les amuseurs ? Ce monde court à sa fin lorsqu'une femme comme elle doit emprunter ! Je n'y comprends vraiment rien !

Tarek Ez ElDen a publié sa lettre au Président algérien Bouteflika ; Djamila dit dans sa lettre:

إن ما يتقاضاه المجاهدون لا يرقى إلى المبالغ الكبيرة التي يتقاضاها نواب البرلمان أو ما تحصلون عليه أنتم شخصيا (بوتفليقة) وكذا ما يحصل عليه محيطكم”، ودعت بوتفليقة إلى التوقف عما أسمته “الإهانة”، بإعادة النظر في “المنحة المتواضعة التي يحصل عليها المجاهدون ليعيشوا بكرامة ما تبقى لهم من أيام”.
“Comparé aux énormes sommes que vous (en s'adressant à M. Bouteflika) ou les députés gagnez, l'échelle des pensions des  vétérans est médiocre.”
Elle demande aussi au président d'arrêter “de les insulter continuellement” en révisant “les maigres pensions versées aux personnes qui ont combattu pour leur pays – des gens qui mériteraient de vivre le peu qui leur reste dans la dignité”.

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En direct de Copenhague : Pour une justice climatique

Billet publié par Saffah Faroog · Traduit par Suzanne Lehn · Voir le billet en anglais

Une foule estimée à 100.000 personnes est descendue dans les rues de Copenhague samedi et a marché de Christiansborg Slotsplads jusqu'au Centre Bella – soit six kilomètres – pour réclamer la justice climatique. Délivrant l'un des messages les plus énergiques jamais adressé aux dirigeants mondiaux d'être sérieux et de conclure un ‘accord réel’ dans les négotiations en cours à la Conférence des Nations Unies sur le Changement Climatique (COP15), des gens de tous les pays ont défilé dans le froid hivernal de Copenhague.

La journée avait commencé de bonne heure pour les militants, qui se sont rassemblés au DGI-Byen – le lieu où se déroule le sommet climatique alternatif Klimaforum09 – dans la matinée [en anglais] et se sont dirigés vers la place du Parlement, vêtus pour la plupart de bleu, pour l'événement symbolique Marée humaine pour une Justice Climatique, organisé par les Amis de la Terre International. Place du Parlement, ils ont été rejoints par des milliers de gens, qui ont démarré dans l'après-midi une marche vers le Centre Bella, siège de COP15.

Même si d'agréables rayons de soleil ont gratifié les manifestants d'un peu de chaleur au cours de l'après-midi, au crépuscule la température a chuté. Tandis que la manifestation se terminait devant le Centre Bella, on voyait les gens agglutinés autour de feux de camp allumés dans la rue. Les discours charismatiques de conclusion ont été délivrés par des personnalités de premier plan, dont l'ancienne commissaire aux droits de l'homme de l'ONU Mary Robinson, et la militante indienne du changement climatique, Deepa Gupta, 21 ans, co-fondatrice du Indian Youth Climate Network (IYCN) [en anglais] (Réseau Climatique de la Jeunesse Indienne).

“Cette journée mondiale d'action rappelle aux pouvoirs publics que le changement climatique est nuisible pour les gens. Ceci est une question de droits humains – le changement climatique sape les moyens d'existence des gens et leur accès à la santé et l'éducation. Il affecte les efforts des pays pauvres pour atteindre les Objectifs de développement du Millénaire. Copenhague doit aboutir à de profondes réductions d'émissions, et à au moins 200 milliards de dollars annuels d'argent frais pour aider les pays les plus pauvres à affronter le changement climatique,” a déclaré Mme Robinson.

Saffah Faroog est à Copenhague, et assiste, pour Global Voices,au Klimaforum09, surnommé ‘le Sommet climatique des Peuples' [en anglais]. Il se déroule parallèlement au COP15 et a attiré quantité d'organisations de la société civile, des militants de la justice écologique et des populations autochtones. “Le Centre Bella est le plus grand exemple de capitalisme du désastre. L'accord dont nous avons réellement besoin n'est même pas sur la table,” a déclaré Naomi Klein lors de cérémonie d'ouverture du Klimaforum09.

D'autres invités de haut rang appelés à s'exprimer à Klimaforum09 sont Bill McKibben, le fondateur de 350.org, et Mohamed Nasheed, le Président des Maldives.

La dette écologique et la justice climatique sont les thèmes récurrents à Klimaforum09 tout comme dans la manifestation de samedi.

L'un des groupes les plus colorés à participer à la manifestation a été Les Agents de la Dette Climatique [en anglais] vêtus de costumes écarlates . Ils ont appelé les pays riches à rembourser leur dette climatique aux pays pauvres, comme le demande une initiative de MS ActionAid Denmark [en danois]. Il y a quelques mois, 31 blogueurs de Global Voices ont été tuteurs d'étudiants participant au programme Global Change de MS ActionAid. L'auteur de ce billet a été agréablement surprise de retrouver son “élève” parmi les costumes rouges appelant au règlement de la dette climatique.

Aux quatre coins de la planète, des citoyens du monde ont réclamé qu'un accord réel et juste sorte des discussions de la COP15, alors qu'ils organisaient des veillées et des marches pour marquer le week-end ‘Le monde a besoin d'un véritable accord’ à l'initiative de l'alliance TckTckTck.

Copenhague est submergée d'activistes, de journalistes, de photographes et de blogueurs couvrant les plus importantes négociations sur le changement climatique de ces dernières années. Au Fresh Air Center au centre de la ville, un environnement de travail créé par un collectif pour blogueurs de TckTckTck, Saffah a rencontré un autre auteur de Global Voices, Mac-Jordan Holdbrookes-Degadjor. Les auteurs de Global Voices présents à Copenhague pendant ces journées passionnantes vont s'efforcer de constituer une petite équipe pour couvrir les discussions animées se déroulant sur la blogosphère à propos de COP15.

Le blogueur Alex Engwete du Congo exprime un profond scepticisme de voir émerger un quelconque accord de COP15 [en anglais] :

A Copenhague, la délégation américaine ne semble pas saisir l'imminence de la catastrophe et se comporte comme une poignée de chamailleurs et d'obstructionnistes. Et chez eux à Washington, avec au Sénat les climato-sceptiques virulents et puissants de l'acabit du Sénateur républicain de l'Oklahoma James Inhofe (auteur du libelle confus de 2006  “Le Guide du Sceptique pour discréditer le réchauffement climatique” [en anglais]) qui crie sur les toits que le réchauffement climatique est un “canular,” je ne vois pas comment l'administration Obama pourrait faire une avancée quelconque vraiment significative à Copenhague.

Angel, aux Maldives, qui blogue sur FAMUSHU, exhorte les gens à penser et agir plus loin que COP15 [en anglais]:

Le  sommet COP15 a commencé à Copenhague au Danemark, et partout autour du monde c'est la même voix “sauvez notre planète – scellez l'accord” qui résonne. Ma patrie les Maldives est l'un de ces pays fragiles et sans défense qui sont en première ligne des effets du réchauffement climatique, en ce moment même nous ne pouvons qu'espérer que le sommet COP15 ait un résultat, car la responsabilité repose sur les épaules des pays mêmes qui émettent de grandes quantités de CO2. Cependant, c'est chacun de nous qui devrait prendre la responsabilité de soigner et entretenir notre terre-mère – éteindre les lumières, les chargeurs etc quand on ne s'en sert pas, planter plus d'arbres et marcher, aller à bicyclette ou utiliser les transports en commun : opter pour une ‘vie plus verte’, chacun.

A Copenhague, nombre d'artistes et d'associations présentent des expositions dans des endroits-clés de la ville pour insister sur l'importance d'atteindre un arrangement juste et contraignant à partir de COP15. Toutefois ce sont les négociateurs et les politiques qui prennent les vraies décisions au Centre Bella, et il reste à voir s'ils écouteront les voix des citoyens du monde réclamant un pacte équitable pour assurer l'avenir de la planète Terre.

Toutes les photos sont de Saffah Faroog

Source

Guinée: les conséquences d’un massacre

Billet publié par Abdoulaye Bah · Traduit par Pauline Ratze · Voir le billet en anglais

Dans un climat de condamnation internationale du régime militaire guinéen, l’Organisation des Nations Unies (ONU) a annoncé vendredi qu’elle allait mener une enquête officielle [en anglais] sur le massacre dont les manifestants de l’opposition ont été victimes à Conakry, le 28 septembre dernier. Au moins 150 personnes ont été tuées par les soldats et beaucoup d’autres ont été battues ou violées pour s’être rassemblées dans un stade de football afin de protester contre le gouvernement du Capitaine Dadis Camara. Ce dernier a pris le pouvoir en décembre 2008, à la mort de Lansana Conte, président de la Guinée durant près de 25 ans. Depuis, les internautes guinéens continuent à essayer de traiter et évaluer la signification de l’événement.

Dans une publication officielle datée du 1er octobre, L'Union des forces républicaines atteste du caractère prémédité de la violence meurtrière :

Comment peut-on expliquer que les forces de l’ordre aient laissé les gens entrer dans le stade sans aucune résistance, attendre que le stade soit rempli [et] des milliers se disperser tout autour du stade avant de lancer l’assaut …. Cela relève bien de la plus macabre des stratégies militaires.

Le 15 octobre, Kouyaté a envoyé un reportage accompagné de photos au site observers.france24.com, témoignant des atrocités commises par les forces armées (attention, images choquantes).

Deux soldats sont restés à côtés de l’homme qui se vidait de son sang sur le sol. L’un deux avait un couteau. Il s’est approché de l’homme et l’a poignardé trois fois, une dans la poitrine, une dans l’estomac et une dans le dos. Une voiture appartenant à la garde présidentielle est ensuite venue les chercher.

Des journalistes menacés de mort

Suite aux massacres, beaucoup de journalistes guinéens ont été victimes de harcèlement et d’intimidation, certains ont reçu des menaces de mort. Guineenews.org, blog populaire lancé par un Guinéen établi au Canada, décrit la situation des journalistes:

… les journalistes de Guineenews et d’autres organes de presse de Guinée continuent de recevoir des menaces de la part des autorités militaires. Leur crime réside dans le fait qu’ils rapportent les événements minute par minute.

Il cite plusieurs exemples récents.

Hamidou Sow, un de leurs correspondants à Conakry, décrit les événements qui ont suivi sa participation à un forum organisé par une station de radio locale:

Après l’émission, je n’ai cessé de recevoir des coups de fil anonymes me menaçant de mort : «vous êtes des apatrides parce qu’au lieu de soutenir le CNND, vous soutenez les opposants… Vous êtes contre Dadis, mais toi tu vas partir avant lui, toi le traître. On vous a dit que c’est lui ou la mort.»

Il raconte qu’après la conférence de presse organisée conjointement par Blaise Compaoré, l’Union africaine et un modérateur de la CEDEAO, un soldat a menacé de le tuer s’il croisait sa route.

Puis, il a été menacé une troisième fois, après avoir écrit l’article « En Guinée la vie des journalistes est en danger depuis le 28 Septembre » pour le site web de Guineenews :

…C’est vous qui salissez l’image de la Guinée. Vous voulez saper les actions du CNDD ? On ne vous laissera pas faire. Sache que je te tiens à l’œil.

Le site de Guineenews publie les noms de journalistes de différents médias qui ont été battus après avoir été délestés de leur matériel de travail, leur véhicule, leur téléphone portable et leur argent :

Selon plusieurs sources concordantes, la junte aurait établi une liste de journalistes et de personnalités politiques à abattre.

Le viol, une arme de guerre

Dans les semaines qui ont suivi le massacre, il est apparu que des dizaines de femmes avaient été battues et violées. Kouyaté publie la photo d’une femme violée par des soldats (attention, image choquante). Sur Guineepresse.info :

Tu as aidé ce malade frustré, qui a déclaré avoir été mis au monde par une femme de plus de 60 ans, à devenir plus fou et ivre de pouvoir. voici comment tes filles, tes femmes, tes sœurs, tes mamans et tantes ont été violées, souillées et tuées en pleine journée et en public par cette bande.

Elle a eu beaucoup de chance : celle d’être « simplement » violée !

Il s'agit là des preuves qui enfonceront Dadis, Pivi, Sékouba, Thieboro, Toumba, Moussa Keita, Korka et leurs nervis et complices (notamment le félon Komara) devant une juridiction internationale.

Dans son billet intitulé Le viol, nouvelle arme de la junte, Thierno de Guineelibre.com écrit:

Des photos prises à l’aide de téléphones portables circulent dans le pays. Terribles, difficiles à démentir, ces images suscitent la colère. Elles montrent que les femmes ont été spécifiquement prises pour cible par les soldats guinéens, qui, il y a deux semaines, ont réprimé une manifestation qui a eu lieu dans un stade de la capitale. Victimes et témoins parlent de viols, de passages à tabac et d’humiliations intentionnelles. « Après ce que j’ai vu, je ne peux plus dormir la nuit » reconnaît une femme d’âge moyen issue d’une famille aisée. Elle raconte qu’elle a été frappée et violentée. « J’ai peur, j’ai vu beaucoup de femmes violées et beaucoup d’autres tuées. »

Dans le monde entier des manifestations contre les massacres appellent à la démission des ministres civils

Les Guinéens vivant à l’étranger ont organisé des manifestations aux quatre coins du monde, notamment dans les principales capitales, y compris Paris, Berlin, Londres, Bruxelles, New York, Ottawa et Montréal. Elles ont été filmées et les vidéos sont disponibles sur Facebook.

Après ces sanglants événements, la diaspora guinéenne fait pression sur les ministres civils pour qu’ils présentent leur démission du gouvernement. Ces derniers sont des personnes ayant reçue une excellente éducation, ils possèdent de nombreuses années d’expérience dans un environnement démocratique et certains sont membres actifs de l’Association des victimes du Camp Boiro. En restant dans le gouvernement, ils cautionnent les atrocités commises. À ce jour, seuls trois ministres civils et fonctionnaires de haut niveau ont démissionné.

Abdoulaye Condé, conseiller en communication et en Technologies de l’information et de la communication du Bureau du Président, a été parmi les premiers rendre son tablier. Dans sa lettre de démission, adressée au Capitaine Camara et publiée par la radio en ligne Radio-Kankan le 16 octobre, il écrit:

En acceptant ma nomination, j’étais particulièrement heureux de contribuer à vos côtés à la réalisation de certaines valeurs explicitement contenues dans l’acte de prise du pouvoir par le CNDD et souvent réitérées dans vos discours : l’instauration d’un Etat de droit, la promotion et la défense de la démocratie, des libertés et des droits humains, la culture de la bonne gouvernance, la fin de l’impunité, la lutte contre la corruption, l’organisation d’élections transparentes et crédibles…

Hélas, les derniers événements du 28 septembre 2009 constituent, à mon humble avis, au nom du patriotisme, de l’honnêteté et de la sincérité toujours prônées dans vos déclarations, une autre raison de me démettre d’une fonction dont les apparences exposent son occupant aux fâcheuses conséquences des dégâts provoqués par l’improvisation, l’amateurisme et la fuite en avant.

Les Guinées avaient de grandes attentes après le coup d’état non sanglant qui a amené M. Camara et le CNDD au pouvoir. Contrairement à ses prédécesseurs, Camara a fait des études en Europe où il a pris connaissance de ce que signifiaient à l'étranger démocratie et  respect des droits humains. Il a été accueilli avec enthousiasme dans tout le pays. Ses promesses de changements ont convaincu beaucoup de monde qu’après deux dictateurs, les conditions de vie allaient s’améliorer et, en particulier, qu’il mettrait fin ou du moins réduirait la corruption. Même s’il était sincère dans sa volonté de lutter contre la corruption et le trafic de drogue, la main de fer avec laquelle il gouverne prouve ses faiblesses et son incapacité à diriger le pays.

Billet rédigé avec la contribution de Jennifer Brea

Source

Russie : Héritage soviétique et noms de rues

Billet publié par Veronica Khokhlova · Traduit par Suzanne Lehn · Voir le billet en anglais

C'est évidemment caricatural, mais, en septembre et au début d'octobre, on avait l'impression que les blogueurs russes jusqu'au dernier croyaient devoir écrire quelque chose sur le changement de nom du restaurant de shish kebab Anti-Soviet à Moscou, sur l'article de protestation du journaliste dissident Alexander Podrabinek (texte en russe, la traduction en anglais de Kerkko Paananen est en ligne sur A Step At A Time) et les actions de contre-manifestation du mouvement de jeunesse Nachi (en anglais).

Sur la blogosphère anglophone, Sean Guillory du Sean's Russia Blog a pris le temps de résumer cette pénible affaire :

[…] Une longue histoire en quelques mots : après des travaux de rénovation qui ont duré tout l'été, le propriétaire du restaurant de kebab sur Leningradskii prospekt a décidé d'appeler son local “Anti-Soviet” pour se moquer de l'Hôtel Soviet en face. Ce nom allait bien avec la décoration du restaurant sur le thème de la dissidence, avec des photos de personnages “anti-soviétiques” du passé. […] Les vétérans en revanche, n'ont pas trouvé cela drôle et se sont plaints à l'administration locale de district, exigeant que le nom du restaurant soit changé. Le mot “anti-” dans Anti-Soviet Kebab House, disaient-ils, les blessait et dénigrait leur sacrifice pour sauver la Russie du nazisme. Quelques jours après, l'“inspecteur militant de l'environnement” du district, Oleg Mitvol, s'est rendu au Anti-Soviet Kebab House pour ordonner que soit enlevé le mot “anti-”  Les gérants se sont exécutés à contre-coeur. […]

[…]

Entrée en scène d'Alexander Podrabinek, le célèbre dissident de l'époque soviétique, devenu ennemi de Poutine. Lassé de la “restauration du passé soviétique,” Podrabinek s'est fendu d'une diatribe, la “Lettre aux vétérans soviétiques,” dans laquelle il a traité le changement de nom de “véritable honte” et a fustigé les plaignants comme “idiots, vils et stupides.” Il a poursuivi en les accusant d'avoir été “ceux qui servaient de gardes-chiourme dans les camps de travail et les prisons, de commissaires politiques dans les unités anti-retraite, et de fusilleurs dans les pelotons d'exécution.” Pour Podrabinek, ce sont lui et les autres qui défiaient le régime soviétique les vrais héros du pays. La lettre a été publiée sur le blog de Podrabinek et sur le site web du canard libéral Ejednevnyi journal.

[…]

Entrée en scène des Nachi. Les Nachi sont réduits l'oisiveté depuis l'élection de Dmitri Medvedev. La “révolution de couleur” vaincue, bon nombre de ses groupuscules liquidés, et guère de motifs pour des manifestations de rue massives, alors les gamins de Nachi ne savent pas comment s'occuper. […]

[…] A peine la diatribe de Podrabinek avait-elle atteint runet que Nachi se mettait à mobiliser sa machinerie d'indignation. Des membres ont commencé à poster des factionnaires devant l'appartement de Podrabinek, rendaient public sur Internet son numéro de téléphone et son adresse, et juraient de lui faire quitter le pays. Selon le GenSek de Nachi, Nikita Borovikov, tous ces agissements sont “de nature des plus démocratiques.”

Craignant pour sa vie, Podrabinek est entré dans la clandestinité. Pas à cause de Nachi, dont il considère les actes comme une “campagne de propagande” et une “parodie d'indignation publique” (ce qui est exact), mais à cause d'une “information de sources sérieuses” que des “gens sérieux” veulent s'occuper de lui. “S'occuper de” au sens d'une balle dans la tête.

Le tollé s'est amplifié. Ejednevnyi journal a lancé une pétition en ligne de soutien à Podrabinek, forte à présent de 3000 signatures, un who’s who virtuel de l'intelligentsia libérale russe. Pour ne pas être en reste, Nashi revendique plus de 5000 signatures contre Podrabinek. […]

Le 8 octobre, l'utilisateur LJ mrfilin a écrit un billet (en russe) sur la manière dont le douteux héritage soviétique a survécu dans les noms des rues de sa ville natale de Toula, faisant allusion au scandale du restaurant de shish kebab qui a déclenché une telle avalanche de réactions sur la toile et en-dehors :

Pourquoi n'y a-t-il pas à Berlin d'artère centrale au nom d'Adolf Hitler in Berlin, ou de place des [SS], d'avenue [Paulus], ou, au moins, d'impasse [Goebbels] ? Peut-être, parce que ce n'est pas convenable pour un bürger de marcher dans une rue portant le nom d'assassins du peuple, de bandits sans pitié, qui ne s'intéressaient qu'au pouvoir et dont l'occupation favorite étaient la lutte sanguinaire pour s'en emparer. Un restaurant de shish kebab anti-fasciste ne subirait pas les persécutions des autorités.

En Russie, par ailleurs, les gens ont toujours eu de la tendresse pour les tyrans et les sadiques. Un sentiment d'identité personnel d'une pauvre femme torturée par son ivrogne despotique de mari s'est transformé en conscience de masse : s'il me bat, ça veut dire qu'il m'aime. Et lorsque cet alcoolique s'étouffe à mort dans ses immondices, sa veuve va conserver soigneusement tout les souvenirs qui lui restent de lui, en accrochant ses photos dans tout l'appartement. Celles où il porte son unique costume et où il est pour une fois lui-même.

De la même façon, dans chaque coin perdu il y aura toujours une rue Lénine, une avenue de l'Armée rouge ou une rue [Dzerjinski]. Et dans les villes plus grandes, il y en aura une poignée. Mais si à Moscou vous avez peut-être la chance de pouvoir vous installer dans une rue qui porte le nom d'une personne honnête, en province les noms des rues ne portent rien d'autre que l'héritage communiste. Voici, par exemple, les rues que je connais à Toula :

1. […] Ma grand'mère habite une rue qui porte le nom, inconnu pour moi, des Frères Jabrov. Je n'ai pas réussi à savoir qui ils étaient, mais la rue perpendiculaire à la leur est dénommée d'après un terroriste raté sans foi ni loi [Khaltourine], qui [est responsable de la mort] de 11 héros de la guerre russo-turque.

2. Ma grand'mère N°2, avec mon grand'père, habitent une avenue qui porte le nom de l'armée qui a tué le plus d'honnêtes citoyens russes au monde, hormis l'armée allemande nazie.

3. Non loin de là se trouve un hôpital appelé d'après l'indicateur [Semachko] et le général [Frounze], responsable de la mort de dizaines de milliers de soldats de l'Armée Rouge pendant les combats contre les restes des [Armées blanches]. Frounze utilisait ses hommes comme chair à canon, et était impitoyable pour les Blancs aussi, évidemment. Ses troupes se plaisaient à violer les femmes russes, tandis que le général quant à lui préférait assister à des premières théâtrales à Moscou. Mais seulement, allez savoir pourquoi, non pas pour des âneries pro-soviétiques, mais pour le demi-légal [Meyerhold].

4. Mes parents ont un peu plus de chance – ils habitent rue [Perekop]  - le coin de la [Crimée] où se sont battus ce même Frounze et [Dénikine].

5. Et caetera.

Et vous, de qui votre rue porte-t-elle le nom ?

Ci-dessous, quelques commentaires sur ce billet :

gogol1:

Ma rue porte le nom du peintre [Vasnetsov].

mrfilin:

vous avez de la chance

***

tanis_konig:

Il y a sans doute des rues [Gorki] dans chaque ville sauf à Default City [Moscou]. Et pareil pour notre ville – ‘[Kaliningrad]' – elle est un peu trop [appelée d'après Mikhail Kalinine]. Bien que le nom allemand ‘[Königsberg]' ne soit pas terrible non plus.

***

cakcon:

rue Syromolotov – d'après un bolchevik local :( ( [à Iekaterinbourg]

***

amidala_rainy:

J'ai de la chance de ce côté – je n'ai rien contre Tourgeniev, dont ma rue porte le nom :)

Mais il y a un quartier dans notre ville [Simferopol, Crimée, en Ukraine] où les rues suivantes se croisent : Communiste, Bolchevik, Prolétaire, Lénine, allée [Sovnarkom], [Rosa Luxemburg], Karl Marx, [Kirov] et [Karl Liebknecht]. Tout sur juste un kilomètre carré (

***

ka_lan:

Pour moi ça va. A [Krasnoïarsk], c'était rue [Tchaïkovski], ici [à Moscou] (temporairement) -avenue [Lomonossov].

De la famille qui habite des rues portant des noms d'activistes soviétiques, je ne me rappelle que mes grands-parents – rue Vodopïanov à Krasnoïarsk. Mais je ne sais pas quoi dire de mal de lui.

En général, ma ville natale a plutôt de la chance dans ce domaine – tout le sovok se limite au pack standard “Lénine-Paix-Marx” (trois grandes rues du centre). Les mauvais toponymes ne tiennent pas ici, voilà tout.

***

steelberry:

Coppistrasse. Hans et Hilde Coppi étaient des combattants contre la propagande anti-soviétique nazie, qui ont été assassinés par les fascistes. Un ami habite Karl-Marx-Allee )))

mrfilin:

A Berlin ?

steelberry:

jawohl !

***

josefreicher:

J'habite rue du Lac, à Otchakov. C'était le village d'Otchakov aux environs de Moscou, avec beaucoup de lacs et de marécages, sur lesquels on construisait des maisons pour ceux qui avaient été exilés de Moscou après avoir purgé leurs peines pour meurtre et viol. Maintenant c'est un quartier résidentiel de la capitale avec un pool génétique de fer très costaud =)

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Cambodge : Sina Vann, rescapée de l’esclavage sexuel, récompensée pour son action

Billet publié par Chhunny Chhean · Traduit par Stephanie Camus · Voir le billet en anglais

Sina Vann avait 13 ans quand elle quitta quelques temps le Vietnam pour le Cambodge, où elle pensait être venue pour les vacances. Au lieu de cela, elle fut vendue en tant qu'esclave sexuelle et passa les deux années suivantes dans une maison close. C'est Somaly Mam, activiste anti-esclavagiste et représentante d'une fondation qui porte son nom, qui la libéra en organisant une descente dans l'établissement où était retenue Sina Vann. Aujourd'hui, Vann est elle-même devenue activiste [tous les liens sont en anglais, sauf mention contraire] pour la Fondation Somaly Mam, portant secours aux rescapés de l'esclavage ainsi qu'à ceux et celles qui travaillent encore en maison de passe.

Sina Vann a reçu pour l'ensemble de son travail le prix Frederick Douglass qui “récompense l'immense courage de l'esprit humain et met en avant le fait que de nombreux survivants de l'esclavage moderne se décident à aider d'autres victimes à se libérer de leur condition.”

Vous en saurez plus sur l'histoire de Vann en regardant cette vidéo:

La lauréate du prix Frederick Douglass 2009 – Sina Vann de Libérez les esclaves sur Vimeo.

Les Nations Unies ont récemment prolongé d'un an  le mandat du Conseil des droits de l'homme [en français]  au Cambodge. Selon le Mirror, le Rapporteur spécial des Nations Unies a expliqué à la Commission des droits de l'Homme qu'il :

“…s'inquiète de la situation des droits de l'Homme au Cambodge. Selon son rapport, le respect de la loi au Cambodge est faible…Il fait aussi mention du cas de Mu Sochua, parlementaire du parti Sam Rainsy, le plus grand parti d'opposition du pays ; elle a en effet été injustement condamnée par un tribunal  – contrôlé par le parti gouvernemental du peuple cambodgien – pour une seule raison : elle avait osé protester contre les puissants au Cambodge”.

D'autres militants pressent le Rapporteur spécial de ne pas oublier les femmes et les enfants toujours victimes d'esclavage sexuel au Cambodge, en faisant remarquer que cela doit rester une priorité, même si d'autres atteintes aux droits fondamentaux, comme la liberté d'expression, existent.

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Bangladesh : En deuil d’un ami, le sénateur Ted Kennedy

Billet publié par Rezwan · Traduit par Claire Ulrich · Voir le billet en anglais

Ted Kennedy Official Photo from public domain via WikipediaTed Kennedy, photo officielle, domaine public, sur Wikipédia

Le sénateur Edward Moore “Ted” Kennedy (22 février 1932 – 25 août 2009) [en français] , le second membre le plus âgé du sénat des États-Unis, est mort d'un cancer mardi. Le légendaire homme politique est pleuré aux États-Unis et dans le monde entier pour son action auprès des personnes en détresse, que ce soit les réfugiés bengali [en anglais] durant la guerre de libération, les victimes des famines éthiopiennes, et pour avoir joué un grand rôle dans le processus de paix en Irlande du Nord. Le Premier ministre du Bengladesh, Sheikh Hasina, a appelé Ted  Kennedy “un ami véritable du Bangladesh et a rappelé son rôle dans la mobilisation de l'opinion publique mondiale pour le Bangladesh [en anglais]durant la guerre de libération en anglais]. Habib Siddiqui, un blogueur du Bangladesh qui vit aux Etats-Unis écrit [en anglais]:

Avec une profonde tristesse, je salue le départ de ce grand homme dont la contribution à la cause du Bangladesh ne doit jamais être oubliée par la postérité.

Qu'à fait le sénateur Kennedy pour le Bangladesh? Le blogueur l'explique.

Smith Barney a écrit sur Open Salon[en anglais], une plateforme de blogs doublée d'un réseau social en ligne :

Après l'invasion du Pakistan de l'est  (appelé aussi Bengale de l'est, et maintenant Bangladesh) par l'armée du Pakistan de l'ouest, au printemps 1971, 9 millions de réfugiés ont traversé la frontière de l'Inde. Le monde et les Etats-Unis (Nixon/Kissinger, englués au Vietnam, penchaient beaucoup pour le Pakistan de l'Ouest) y prêtèrent très peu attention. A l'exception d'un sénateur du Massachusetts, âgé de 39 ans, Edward M. Kennedy.

En plein milieu de la chaleur et de la mousson du mois d'aout, le sénateur Kennedy s'est rendu dans les camps de réfugiés à travers le Bengale de l'ouest (l'état frontalier de l'Inde) et a fait un rapport au sénat des états-Unis, un document extraordinaire et passionné sur les souffrances des réfugiés en Inde et ce qu'il a appelé “le règne de la terreur qui pèse sur le Bengale de l'est.”

Il concluait : “Le lourd soutien de l'Amérique à Islamabad (Pakistan de l'ouest) n'est rien d'autre que de la complicité dans la tragédie humaine et politique du Bengale de l'est.”

Kennedy n'a pas seulement été un témoin, il a provoqué la prise de conscience du monde et l'aide apportée aux réfugiés, pas forcément aux soldats indépendantistes du Bengale de l'est.

Unheard Voices, un blog du Bangladesh consacré aux droits de l'Homme publie le rapport du sénateur Edward Kennedy devant le sénat américain, qui relate les souffrances de ces réfugiés[en anglais].

Mehrab Shahriar publie quelques photos de réfugiés, y compris celle de la visite de Kennedy dans un camp en 1971.

H. A. Mahmud nous informe [en bengali]:

বাংলাদেশ স্বাধীন হওয়ার পর১৯৭২ সালে এডওয়ার্ড সদ্য স্বাধীন রাষ্ট্র বাংলাদেশে আসেন। এখানে তিনি একটি শোভাযাত্রায় অংশ নেন এবং ঢাকা বিশ্বদ্যিালয়ে ভাষণ দেন। এডওয়ার্ড কেনেডি’র স্মৃতিবিজড়িত ঐতিহাসিক বটগাছটি এখনও কালের সাক্ষী হয়ে দাঁড়িয়ে আছে ঢাকা বিশ্ববিদ্যালয় এলাকায়।

Après la libération du Bangladesh, Edward Kennedy y a fait une visite au début de l'année 1972. Il a participé à un défilé et fait un discours devant les étudiants de l'université de Dhaka. Le banyan planté par Kennedy a l'université de Dhaka est toujours là pour rappeler son rôle.

Shada Kalo se souvient de Kennedy avec gratitude [en anglais] :

Ted, vous étiez un ami du Bangladesh. Cela ne vous a rapporté aucun vote, personne ne vous aurait blâmé si vous n'aviez pas marché dans la boue des camps de réfugiés dans la chaleur torride d'août. Mais vous l'avez fait, parce qu'il fallait le faire. Et vous nous avez aidés, parce que c'était aussi une chose juste à faire.

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Singapour: Docteur en biologie, blogueur et chauffeur de taxi

Billet publié par Mong Palatino · Traduit par Anna Gueye · Voir le billet en anglais

Il est chauffeur de taxi à Singapour [en anglais comme tous les liens cités], blogueur, et titulaire d’un doctorat de l’Université de Stanford. Il est décrit comme le « chauffeur de taxi le plus instruit du monde » par les internautes de Singapour. Il s’appelle Mingjie Cai.

Le Dr. Cai a travaillé pendant 16 ans comme chercheur principal à l'Institut de biologie moléculaire et cellulaire (IMCB) de l’ASTAR , à Singapour. Il a été licencié sans indemnités en 2007. En novembre 2008, après des recherches d’emploi infructueuses, il s’est décidé à devenir chauffeur de taxi. Il a commencé à bloguer il y a quatre mois. Son blog a attiré l'attention des blogueurs de Singapour, et des médias grand public.

Dr. Cai se présente ainsi sur son blog :

Probablement le seul chauffeur de taxi au monde titulaire d’un doctorat de Stanford et ayant de réelles références scientifiques, j'ai été contraint de quitter la recherche à l'apogée de ma carrière scientifique, et incapable de trouver un autre emploi pour des raisons que je qualifierais de « typiquement singapouriennes ». En conséquence, je suis au volant d’un taxi pour gagner ma vie et je raconte ce que je vis afin de rendre ce travail monotone un peu plus intéressant. J'espère que ces histoires vous intéresseront également.

Dr. Cai mentionne les circonstances qui l’ont forcé à devenir chauffeur de taxi :

Se retrouver chômeur à mon âge est peut-être le pire cauchemar qui puisse arriver à un homme ordinaire, sans parler de la perte d’une longue carrière … J'ai envoyé d'innombrables CV et lettres de candidature partout à Singapour, y compris aux universités, aux organismes gouvernementaux et aux entreprises privées. La plupart d'entre elles n'ont jamais répondu. Les quelques réponses que j’ai reçues ne se sont pas concrétisées. Plus tard, l'explosion de la crise financière mondiale a éteint mes derniers espoirs de retrouver un emploi de sitôt. En novembre 2008, j'ai finalement pris la décision de devenir chauffeur de taxi.

Sont relatés sur ce blog quelques uns des événements que j'ai vécus au volant du taxi. Ils sont réels et sont racontés le plus fidèlement possible … Le but de ce blog est de fournir aux lecteurs des témoignages directs de mon expérience de reconversion : de scientifique chevronné à chauffeur de taxi novice dans le Singapour d’aujourd'hui.

Mais est-ce que le Dr. Cai existe réellement ? Est-ce vraiment un scientifique ? Le blog Toward the Green (Vers le vert) a enquêté sur le parcours de M. Cai et confirme que le Dr Cai a publié plusieurs articles scientifiques.

Les faits semblent assez clairs : le Dr Cai existe, et sa carrière de biochimiste peut facilement être retracée entre 1989 et 2009. Il existe bel et bien une preuve qui semblerait suggérer qu'il a eu une brouille avec IMCB en 2007.

Alors, pourquoi le Dr Cai éprouve t-il des difficultés à retrouver un emploi dans un laboratoire de Recherche & Développement ? Ce domaine ne recrute pas beaucoup en ce moment. Les difficultés économiques ont pour résultat qu’il n’y a pas beaucoup d'entreprises pour embaucher des scientifiques professionnels. Les diplômes n’aident pas vraiment – cela fait un moment qu’il y a trop de chercheurs et trop peu d’emplois pour eux. Cela n'aide pas que beaucoup de gens aient le sentiment que la discrimination sévit également dans le domaine de la Recherche & du Développement. Dr Cai, qui a passé son doctorat vers 1990, a probablement la quarantaine, âge particulièrement critique pour trouver du travail, quel que soit le domaine d’expertise.

Dr Cai raconte bien son expérience de chauffeur de taxi. Cependant, pour quelqu'un comme moi, son expérience m’amène à mettre en garde quiconque envisagerait une carrière en Recherche & Développement, sans parler de ceux qui voudraient qu'elle se déroule à l’A*STAR de Singapour.

Rambling Librarian (Un bibliothécaire qui divague) décrit le Dr. Cai comme « la voix de facto de tous les chauffeurs de taxi de Singapour » :

… Il est probablement devenu très vite la voix de facto de tous les chauffeurs de taxi de Singapour. Sans avoir pensé le devenir, c’est un leader à sa manière.

Alvinology II admire le comportement du chauffeur de taxi-blogueur :

Le blog se lit comme un roman sur la vie d’un scientifique devenu chauffeur de taxi, en racontant soigneusement les observations étranges qu'il s’est faites dans la journée – les passagers qu’il a rencontrés, les transformations de notre société.

Toutefois, je le plains. C'est un gaspillage de capital humain quand toutes ces compétences et ces qualifications universitaires ne correspondent pas à l’emploi que la personne occupe. Ce ne serait certainement pas sain qu’une telle tendance se généralise à Singapour.

Mr Wang Says So (M. Wang a dit) apprécie le style de Monsieur Cai :

J'aime beaucoup son écriture. Il est honnête, attentif, authentique et reflète parfaitement la saveur locale. Ses billets me donnent presque envie de me mettre à la rédaction d’un livre de poésie.

Heyzanie's World (Le monde d’Heyzanie) pense que conduire un taxi n'est pas un travail dégradant, même pour quelqu'un qui a un doctorat de Stanford :

C’est un domaine où vous pouvez être indépendant ; s'il est bien géré, vous ne gagnez pas trop mal votre vie. Plus important encore, il vous donne une certaine flexibilité qui vous permet de vous occuper des autres aspects de la vie. Après tout, le Dr. Cai a passé sa vie à faire de la recherche dans des laboratoires qui appartenaient à d'autres. Cela lui fera du bien d’explorer et d'expérimenter sur sa propre vie, pour changer.

Personnellement, je pense que conduire un taxi ne doit pas considéré comme dégradant – même pas pour un chercheur reconnu – si l'on sait comment en tirer le meilleur parti.

Kent Ridge Common espère que les scientifiques pourront travailler dans un environnement où les meilleurs d'entre eux pourront s'épanouir :

L'expérience du Dr Cai ressemble à celle d’un poisson sorti de l'eau, ou plus exactement, mis dans un environnement marqué par la domination suffocante, les préjugés et l'arrogance. Il est bon pour une nation comme la nôtre que des gens rêvent de devenir des scientifiques renommés, mais d'abord et avant tout, nous devons créer un environnement qui permette aux meilleurs de s'épanouir. Si un tel environnement demeure étouffant, ces rêves ne dépasseront pas le stade de rêves.

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